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Le carreau du Temple, premier coup d’œil

Et voilà, c’est ouvert,  c’est reparti. Sur le papier c’est sympa, c’est dans l’air du temps, passé les subsistances et autre 104 on est plus trop étonné, mais ça attire quand même.

Les spectacles : Programmer Chloé Moglia le premier jour, en voilà une bonne idée. Opus Corpus est vraiment une pièce très abouti. À l’écoute de son corps, on explore en même temps qu’elle tous ses muscles, leur possiblités, leur maitrise. À ras le sol, on fini par se demander qui commande, les bras et les abdos ou le cerveau ? J’aime bien la direction que prend Chloé Moglia, le fait qu’elle creuse un aspect particulier plutôt que de tout réinventer à chaque fois. C’est ingrat, mais quand c’est réussi … Et puis il y avait aussi une perf tèrs ingénieuse de Jean-Baptiste André. Le procédé est bête comme chou quand on y pense, faire une perf’ filmée en tournant et retournant la caméra, et faire des équilibres et acrobaties avec les murs. On comprend vite qu’il est en coulisse, quelque part autours de nous, jusqu’à nous apparaitre. Génial jeu sur la gravité, sur le lieu aussi. L’apparente simplicité cacherait presque la performance physique.

Dans la grande salle quelques circassiens en spectacle plus libre. Sympathique mais pas franchement transcendant, distrayant mais pas franchement artistique …

La bouffe : parcequ’il ne faut pas déconner. Un bar qui fait des sandwich/tarte/salade mangeable. Un stand «L’or» pour le café. Le camion qui fume posé devant. Vous finirez bien par y manger, vous pairez trop -cher-pour-ce-que-c’est-mais-bon-ça-passe, vous l’oublierez si vite que vous l’avez mangé. Bref, vous ne viendrez pas là pour la bouffe.

Le lieu : je m’interdit de parler d’archi et d’urba sur ce blog … en tant que simple péquenaud en balade : la salle de spectacle est très belle, le bar est mal foutu on y circule mal, et puis la grande salle doit-être très polyvalente même si ça fait plus gymnase de collège que marché historique. Bonne idée les portes en verre tout le tour, comme ça il faut un vigile par porte, ça fait de l’emploi … ha merde j’ai parlé d’archi.

Bilan ? Il y aura de quoi faire, notamment sur la prog’ culturelle. Maintenant il faudra clairement faire du gros tri. Ce n’est pas un lieu à la programmation exigeante, il y a une vrai superficialité commerciale, façon culture moyen de gamme portée par une comm’ so 20-10’s… qui a dit à l’image du quartier ? Qui a dit le 104 version marais ?  Tututu, mauvaises langues.

Pas de quoi sauter au plafond donc et j’ai envie de garder mes distances avec ce lieu, mais il y aura de très belle choses j’en suis sûr, pourquoi s’en priver ?

Le Carreau du Temple, 4 rue Eugène Spuller 75003, Paris

 

 

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Mathieu Pernot, plutôt deux fois qu’une.

J’étais resté un peu perplexe devant le travail de Mathieu Pernot à la maison rouge, dont je ne connaissais absolument pas les travaux. Une insall’ assez marquante, puis pleins de pièces qui documentaient un monde, mais… je restais un peu insensible à tout ça au fond, un peu trop sage ? Ils sont où les fous qui hurlent ? Je ne savais pas trop …

Puis je suis allé voir son excellente exposition au jeu de Paume. Là j’ai tout de suite embrayé. Le documentaire décontextualisé, le magnifique jeu de force et de lignes brisées des tours qui tombent, les perspectives des prisons, se tenir droit devant le feu de la caravane. On ne saura pas pourquoi ça brûle, pourquoi il crie, à quoi servent ces couloirs grillagés, mais peu importe il y a déjà une force incroyable. On peut certainement avoir une explication, d’ailleurs elle rarement cachée, mais ce n’est pas l’intérêt. Pas le seul.

Pourtant Pernot ne triche pas une seule seconde, il ne détourne pas l’image. Il échantillonne et nous montre un angle d’attaque très précis, resserré, qui a un intérêt en soi. Et c’est très perturbant au final. Il y a milles raisons de détruire les grands ensembles, dont la beauté de la destruction. Pour combien cette envie de voir le grand spectacle de la destruction compte ? Pour combien le fait de voir une bouille encrassé et mal coiffée fait que «c’est un rom» ? Et ça marche dans tous les sens. On peut aussi se focaliser sur la narration et enlever toute sorte de tension dans l’image, on peut se focaliser sur l’ultra-factuel. C’est passionnant à chaque fois.

Mantes-la-jolie, 1er juillet 2001, série « Implosions », 2001-2008, Mathieu Pernot

Une fois cela compris, l’expo de la maison rouge a refait tilt dans mon petit crâne. Le discours presque plat, ces patients gentils, la douleur absente : rien de tout ça n’est faux, c’est une narration possible, et très juste. Le presque écho, ce cri vide, résonne (ou pas du coup…) dans ce monde. La simplicité et la pudeur du procédé ne font que renforcer son efficacité, et sans doute son honnêteté.

En fait l’exposition de la maison rouge m’avait beaucoup plus marqué que je ne le pensais. Tout ça m’a saisi alors que j’ai visité les deux expos à plus l’une semaine d’intervalle. Il m’a juste fallu du temps pour l’intellectualiser un peu, le digérer, mais tout était déjà là. Un travail fascinant…

Soya, bobo-veggie honnête

Je me suis retrouvé chez Soya, dans le 11ème, un peu par hasard ce dimanche pour un brunch végétarien. So bobo ? Oui c’est sûr, mais l’ambiance est détendue et pas trop m’as-tu vu.

J’y ai retrouvé tout les classiques du genre : dakl de lentilles, lasagnes végétariennes en chaud, homos et autres salades en froid. Deux trois bouchées bien sympa en sucré et en salé, et quelques petits desserts assez étonnants (et nombreux! ).

Rien qui me ferait bondir de joie. Mais c’est bien fait, c’est bon, c’est bio (ce qui reste peu fréquent au resto) et les boissons sans alcool sont comprises. Pour 27€ c’est honnête.

Pas de quoi traverser Paris ni réserver des mois à l’avance, mais si vous passez dans le coin, c’est appréciable. Juste que pour moi ça tombe dans une dead-zone : ni suffisamment enthousiasmant, ni suffisamment bon marché. Mais bon, il y a une clientèle pour ça je pense.

J’en enfin trouvé comment parler du Clos Maïa

Si j’avais un vin préféré dans la vie, ce serais peut-être bien le Clos Maïa, de Géraldine Laval. Le problème c’est que je ne sais absolument pas en parler. Un bien pour mon entourage ?

Ce «Petit Clos» avait subit un tragiqueaccident domestique … (le grand c'est la même étiquette de toute façon, et je n'avais que ça sous la main).

Ce «Petit Clos» avait subit un tragique accident domestique … (le grand c’est la même étiquette de toute façon, et je n’avais que ça sous la main).

Quand j’essaye ça donne quelque chose comme : puissant mais pas démonstratif, assez minéral mais le fruit est bien, monolithique mais varié etc. Mais oui, mais non, mais oui, mais non … pire que deux adolescents en train de rompre. Si ce qui se conçoit bien s’exprime clairement, hé ben je conçois rien du tout. C’est peut-être ça que j’aime d’ailleurs dans ce vin, ne pas le comprendre complètement …

Et puis paf, l’illumination ! L’illumination qui vient du trapèze, par le biais de l’incroyable Chloé Moglia. Je l’avais vu cet été, au lever de soleil sur le grand palais, pendue dans son ciel. Elle est au 104 pour deux spectacles :

Bien sûr il faut de la force, bien sûr il y a de la performance. Mais ce n’est pas particulièrement esthétisant, ce n’est pas vraiment spectaculaire (encore que). Il y a autre chose dans ce regard distant qui part au loin, cette légère hésitation dans chaque mouvement. Oui, ça aussi j’en parle très mal en fait.

Une demi-heure suspendu dans le vide et rien d’autre. C’est peut-être ce qui décrit le mieux ce vin.

Buvez-en, allez voir les spectacles, ça vaudra mieux que ma prose confuse.

Chloé Moglia est au 104 cette semaine et la suivante.

Le Clos Maïa Rouge se trouve dans toutes les bonne caves pour 20€, le blanc est plus rare mais vaut tout autant le coup, et le Petit Clos ne doit pas être confondu avec une petite cuvée de soif !

J’ai failli rater America Latina à la Fondation Cartier

C’est pas mal l’abonnement au palais de Tokyo, ça permet d’avoir des visites guidées d’expo que j’aurais peut-être bien snobé. En l’occurrence America Latina à la fondation Cartier.

Déjà je n’avais même pas pris la peine de regarder précisément le sujet de l’expo, croyant bêtement à une collection de photos célèbres sur l’Amérique latine (oui j’ai deux ou trois préjugés sur cette fondation …). Non, le thème est le rapport entre le récit et la photo dans l’Amérique latine moderne. Et c’est loin d’être inintéressant : on connait tous des grandes images liés aux révolutions et contre-révolutions, mais si il s’agit de citer les grands textes fondateurs on fait tout de suite moins les malins. Vous pouvez citer un discours du Che et donner sa date, son lieu ? Pas si facile, même si certains le sauront. On a la collection d’images, mais le récit est beaucoup plus fragmentaire.

L’expo explore ces récits dissimulés sous toutes les coutures. Des plus emblématique, avec le puzzle des «clichés», jusqu’au plus anecdotiquess. Il y a bien sûr de la photo documentaire qui cherche à révéler un récit que l’on ne connait pas ou mal, la vie de la autours de la prostitution, les dépistages médicaux dans des villages plus reculés. Mais il y a aussi des artistes qui ont tenté de construire ou d’exposer un récit, par exemple en affichant des lettres de suicide sur les marquises de cinéma abandonnés, ou cette série qui complète les mots présents sur les photos par des surimpression d’autres mots ou phrases.*

La conclusion est claire, et quasiment connue d’avance, on a pas une grande histoire facile à raconter qui déroule comme dans un manuel d’histoire occidentale. Cette expo permet de l’expérimenter, de se le rappeler. Et avec environ 500 œuvres, vous aurez largement de quoi vous poser plein de questions…

*Moi qui ai d’habitude assez bonne mémoire, je n’ai noté absolument aucun nom d’artiste … allez sur le site internet, il est pleins de bonnes infos.

Youpi et Voilà !

C’est le cri de joie que l’on pousse à la sortie de ce resto’ ; c’est aussi son nom.

Cuisine «philanthropique», sur le papier ça fait un too much niveau com’. Si on creuse un peu on voit que l’esprit c’est surtout d’être près des producteurs (le vin, comme toute la nourriture), principalement du bio ou du de fait bio/on a pas trop de doutes sur le sujet, ce qui est finalement pas si fréquent au resto. Bon, qu’importe la com’, si c’est bon non ? La carte faisait quand même envie.

Ambiance détendue, décors chiné avec chaise de grand-mères, pas de doutes nous sommes dans l’air des bistrots du temps. «Vous aimez les vins naturels ?», baaaah pas pour leur seul privilège de l’être, mais quand un quart de la carte vient de chez la Sorga, on se dit que ça ne va pas être trop mal. Et hop les Joussets, ça marche toujours ça.IMG_20140220_211156

Et là surprise, je pensais que c’était à la carte et il y a un menu dégustion surprise … ET une carte. Alors ça très bon, si on veut laisser faire le chef on peut, si on veut faire plus direct et à notre envie on peut aussi.

On a quand même pris le menu … C’est vif, les produits sont là, pas saccagés par trop de torture conceptuelle, mais bien relevé par de bonnes idées. Du bouillon de bœuf sur les saint jacques poellées, une purée de butternut citron vert à coté de la morue désalée, du guacamol et du sorbet roquette caché sous l’ananas.IMG_20140220_223944

Ça fait envie ? Carrément. On y retourne ? Oui ! surtout que l’on peut réserver le jour même et que l’on est pas obligé de se taper tout le menu. C’est cher ? 55€ le menu 5 plats avec deux verres de vin, c’est très honnête.

À défaut d’être the place to be en ce moment, c’est une option à ne vraiment pas négliger.

Les fantôme de Ponte City

Étonnante et tragique vie de la tour Ponte-City, retracée dans cette superbe exposition au BAL, jusqu’au 20 avril.

Le travail est d’abord celui d’un documentaire rigoureux. Une collection de photos de tous les appartements et de leur habitant, de documents administratifs et de souvenirs de la vie quotidienne. Le constat analytique serait le même que pour les grands ensembles en France, mais en décuplé. A l’utopie architecturale moderniste au rabais, s’est greffé un trouble social profond, celui d’une classe qui n’arrive pas vraiment à en être une, sans passé et avec peu d’avenirs.

pontecity

Mais où l’expo tape très fort, c’est que les deux auteurs choisissent le médium artistique, plutôt que l’essai architectural ou sociologique. Les habitudes apparaissent et disparaissent dans les photos, les souvenirs sont collés un peu partout. Le tout vivant dans ce monstre au cœur vide, qu’aucun projet ne saura jamais remplir. L’espace du BAL est d’ailleurs superbement exploité, avec un aller-retour entre les deux salles sous forme d’un voyage.

Il y aurait plein de choses savantes à dire sur Ponte City, mais aucune analyse ne saura pleinement répondre à la question que l’expo nous pose : qu’oubliera-t-on vraiment le jour où l’on détruira cette tour ?