Mathieu Pernot, plutôt deux fois qu’une.

J’étais resté un peu perplexe devant le travail de Mathieu Pernot à la maison rouge, dont je ne connaissais absolument pas les travaux. Une insall’ assez marquante, puis pleins de pièces qui documentaient un monde, mais… je restais un peu insensible à tout ça au fond, un peu trop sage ? Ils sont où les fous qui hurlent ? Je ne savais pas trop …

Puis je suis allé voir son excellente exposition au jeu de Paume. Là j’ai tout de suite embrayé. Le documentaire décontextualisé, le magnifique jeu de force et de lignes brisées des tours qui tombent, les perspectives des prisons, se tenir droit devant le feu de la caravane. On ne saura pas pourquoi ça brûle, pourquoi il crie, à quoi servent ces couloirs grillagés, mais peu importe il y a déjà une force incroyable. On peut certainement avoir une explication, d’ailleurs elle rarement cachée, mais ce n’est pas l’intérêt. Pas le seul.

Pourtant Pernot ne triche pas une seule seconde, il ne détourne pas l’image. Il échantillonne et nous montre un angle d’attaque très précis, resserré, qui a un intérêt en soi. Et c’est très perturbant au final. Il y a milles raisons de détruire les grands ensembles, dont la beauté de la destruction. Pour combien cette envie de voir le grand spectacle de la destruction compte ? Pour combien le fait de voir une bouille encrassé et mal coiffée fait que «c’est un rom» ? Et ça marche dans tous les sens. On peut aussi se focaliser sur la narration et enlever toute sorte de tension dans l’image, on peut se focaliser sur l’ultra-factuel. C’est passionnant à chaque fois.

Mantes-la-jolie, 1er juillet 2001, série « Implosions », 2001-2008, Mathieu Pernot

Une fois cela compris, l’expo de la maison rouge a refait tilt dans mon petit crâne. Le discours presque plat, ces patients gentils, la douleur absente : rien de tout ça n’est faux, c’est une narration possible, et très juste. Le presque écho, ce cri vide, résonne (ou pas du coup…) dans ce monde. La simplicité et la pudeur du procédé ne font que renforcer son efficacité, et sans doute son honnêteté.

En fait l’exposition de la maison rouge m’avait beaucoup plus marqué que je ne le pensais. Tout ça m’a saisi alors que j’ai visité les deux expos à plus l’une semaine d’intervalle. Il m’a juste fallu du temps pour l’intellectualiser un peu, le digérer, mais tout était déjà là. Un travail fascinant…

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