La cicadelle et la logique

Ouais moi aussi j’ai envie de dire truc sur l’affaire Giboulot ! Un truc scientifique en plus. Hé, ho, j’ai des diplômes* de sciences moi, alors je peux bien dire des choses qui sont la vérité.

Par contre je suis une grosse brêle en biologie, agronomie ou encore en pédologie (non ce n’est pas la science de violer les enfants). Mais alors vraiment hein, une grosse, grosse quiche. Et en fait on s’en fout, pour la bio allez lire le site de l’INRA (plutôt que les blogs) c’est très bien expliqué.

Non ce qui me chagrine c’est la logique élémentaire et la prise de décision qui s’en suit. On va simplifier le problème pour bien s’y retrouver et dire que  l’on a uniquement deux choix pour lutter :

  • Développer un écosystème diversifié
  • Miser sur un traitement chimique.

Maintenant chacune de ces solutions a des conséquences négatives, appelons ça la vulnérabilité  :

  • Développer la maladie malgré l’écosystème compétitif non pollué et détruire les vignes alentours.
  • Dans le cas du traitement chimique, pollution : tuer quelques bébêtes jusqu’à pourrir durablement les sols et les écosystème, consommation : rendre le vin un tout petit peu moins «comme il faut»  jusqu’à augmenter le risque de cancer, coût : de l’achat sur une année, jusqu’à la cascade de traitement pendant des années. Bref, quelque chose, mais c’est très dur de dire quoi.

(Remarquez que je pousse même le bouchon de la simplification jusqu’à dire que le traitement est efficace contre la maladie, là encore l’INRA fait très bien le point sur la chose).

Mais pour décider, une vulnérabilité ne suffit pas, il faut un risque. Et un risque c’est : Risque = Vulnérabilité x Probabilité d’Occurence. Comprendre : le risque c’est «comment c’est grave» fois «combien ça arrive souvent».

Donc maintenant qu’on sait, ou pas, si c’est grave regardons si ça arrive souvent :

  • On en sait rien pour le moment, on a jamais essayé les vignes bio contre la machin truc dorée.
  • Les traitements chimiques ça pollue et ça coûte 100 %  du temps (ou presque).

Donc il y a incertitude, forte, dans les deux cas. Déjà ça, ça titille un peu. Mais surtout ce n’est pas une incertitude sur la même chose, d’un côté on a une incertitude sur la probabilité, de l’autre sur la vulnérabilité.

Maintenant posons-nous une autre question plus simple encore : Vous préférez avoir une chance de gagner un million ou jouer aux dés ? Baaaahhh … heuuuuuu…

Je repose la question : Vous préférez avoir une chance sur vous ne savez pas sur combien de gagner un million ou vous préférez jouer aux dés sans connaitre la somme à gagner ?

Heuuu … question de merde, non ? Il n’y a rien à choisir là, aucun élément, si ? On est bien d’accord. Maintenant imaginez deux personnes en train de s’engueuler : «Nannnn mais un million, mais t’es con ou quoi, UN MILLION !!!! Et tu veux jouer aux dés … » , «Mais les dés c’est une chance sur six, c’est mathématique, c’est prouvé, c’est la science t’endends ? LA SCIENCE !».  Là vous pensez quoi de ces gens ? Qu’ils sont éminemment intelligents ? Qu’il vont faire un bon choix ? Que ce sont des personnes engagées qui croient fort dans leurs valeurs ? Qu’ils remplissent leur devoir citoyen de prendre position dans un débat sociétal ?

Le parallèle est vite fait. Comme 500 000 de mes contemporains, comme tous leurs virulents opposants, ce sont des gens qui se posent un problème pourri.

Maintenant vous remarquerez que ce raisonnement est le même si on rajoute tous les détails compliqués et techniques qui focalisent l’attention médiatique (lisez ça et ça, c’est pas mal). On pinaille d’un côté sur la probabilité, parce que on sait bien que c’est risqué, mais vous ne vous rendez pas compte c’est de la nitro et blablabla, et de l’autre sur la vulnérabilité en étalant sa sciences des écosystème diversifié, que les coccinelles c’est les power rangers de la vigne et blablabla. Rien de tout ça n’est faux. Rien de tout ça ne permet de choisir en mesurant un risque.

En fait comme souvent on a négligé la base du raisonnement scientifique : avoir les bonnes réponses, c’est avoir les bons problèmes. Refuser de se poser les mauvais est un des actes les plus militant qu’il soit.

Alors, pour ou contre le traitement ?

*J’en ai des caisses, tous plus ridicules les uns que les autres, je les donne.

** Du point de vue la préfecture ou du vigneron le problème ce n’est tout à fait la même, pas d’extrapolation excessive.

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