Mes films de la semaine dernières

Jesse Eseinberg silencieux (!), du mumblecore, de l’identité au Pakistan … semaine éclectique.

Night moves : Il y a au fond l’idée d’un équilibre, entre une première moitié sur le montage et la réalisation de l’attentat/revendication et l’après, les conséquences, sans tenter de favoriser l’une ou l’autre. Pas de grand spectacle, tout est dans les détails, les gestes, la façon de parler, de se tenir. Pas facile à filmer, mais c’est plutôt réussi.Il y a un bout de morale à la con, mais qui change rien à un film très maitrisé. Encore un beau rôle pour Eseinberg, il faut bien le dire.

Computer Chess : Film bricolé ahurissant. Il y a bien sûr ce que l’on peut attendre du film geek bien mumblecore, avec tout ce que cela comporte de discussion aussi géniales que débiles. Mais le film ne s’arrête pas du tout là, et superpose au côté presque documentaire des envolées psychédéliques imprévisibles. Truffé d’astuces de réal. très bien vu, de scènes vraiment pas idiotes, tout en gardant une distance légère avec toute forme de sérieux. Réjouissant.

Noor : Un quête d’identité pour un Kushra (caste transgenre et transexuel, comme les Hijra indiens), un sujet aussi riche que pas facile. Giovanetti a la superbe idée de traiter cela à s’attachant autant à décrire le personnage que des bouts de pakistant. Les fameux trucks, la danses, les langues, les villes et les villages, la montagne bien sûr. Noor se confronte un peu à tout pour essayer de comprendre qui il est. Simple ? Peut-être, mais très efficace et porté par une photo superbe, sans verser dans le semi-docu esthétisant pour autant. Un très beau film.

Pas vu mais je veux : Les amants électriques.

La semaine prochaine : des doutes et des doutes … Gondry sur Chomsky ? glissant … Joe ? alors soit c’est un clone de Mud merdique, soit c’est très bien. Il y a pas mieux ? 3x3D !!!! fuck yeah, godart & co. sur la 3D, ça va envoyer !

Sous les pavés la vigne 2014 : le bilan

C’est pas le tout de goûter à la chaine et de parler des vins, mais le salon en lui-même ?

Clairement c’est un salon qui a une ligne éditoriale, ou ligne vinesque, je ne sais pas comment il faudrait dire. Exit le salon des vignerons indépendants où il faudra gouter 500 merdes pour trouver un truc sympa, il y a eu de la séléction en amont. Pas qu’en qualité d’ailleurs, en type de vins et de vigneron. Un peu comme il y des festival de rock et de classique, ici il y a un camps qui est choisi. Sous quel mot les regrouper ? Vin nature est très réducteur, vin d’auteur prétentieux … je ne sais point, mais un comm’eux trouvera surement en truc un jour.

Maintenant ça aurait pu virer à la fête sectaire, avec 50 fois le même vin «tout fruit, tout gourmand, qui tombe tout seul entre potes», qui sont tellement, tellement à la mode. Mais non, les organisateurs ont été très intelligent sur ce point. Il y avait vraiment de tout. Du mec un peu rock’n’roll qui fait des vins bien à son image au châteaux prestigieux, du canon entre pote au vin de garde, de l’accessible, du facile, du classique, du clairement barré. En fait comme un bon festival de jazz, programmera toujours des choses plus funk, plus rock et souvent inclassables, ce salon a su proposer une sélection pas enfermée dans les catégories.

Allez j’ose un terme ? «vin fusion» pour faire jeune ? «vins interdisciplinaire» pour faire universitaire agrégé ?  … mouais, moyen convaincu moi même, mais l’idée est là.

Et puisque l’idée de la fusion est là, il y a une brèche qui s’est ouvert en grand cette année : la bière et le café ! Outre le fait que je me suis fait une gueuze, pas pour goûter mais bien pour le plaisirs, ça mérite d’être creusé nettement. M’sieur dame de l’organisation, si vous voulez une sélection de cafés et de thés «nature/de terroire etc.», demandez, je vous la fait gratos’ .

Bon par contre le film désolé, ce genre de truc je peux pas, et les conf’/débats je m’en farci toute la semaine au boulot … mais sinon du tout bon !

Salon des vins rue89 : liveblog !

Et c’est parti, compte rendu live de tout ce que je vais goûter à la Bellevilloise aujourd’hui et demain !

Et je commence par … prendre le métro, à toute !

Tarlant : degustation de vin tout frais, pas vinifie, un truc de vigneron, intéressant d’avoir les commentaires. La cuvée Louis 14 ans dans les dents impressionnante de précision. La BAM que j’avais tant aimé l’année dernière va être en vente bientôt !

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David large : une cuvée de beaujo déclassée en vdf et en bouteille de Bordeaux pour de rasions politico-commerciales… Tu veux de la fraise ? N’en voilà !
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Fabian Jouves :Je vais paf faire semblant de découvrir… C’est au top, de la griotte à outrance sur you fuck my wine, et Les Accacias, profondeur et matière sans se sentir obligé de chasser le fruit pour faire snob… miam.

Nicolas Mariotti : Deux blanc dont un très frais sympa, une version avec des sucres résiduels et l’autre avec de l’élevage qui donne des notes sympa. Deux rouges… qui sent la ferme comme il faut, dont un pas mal astringent. Mouais… je connaissais pas, c’est pas horrible, mais je suis pas transcendé. À re-tester, je devais fatiguer.

Giboulot : au fait les vins sont bons ? Oui ! Du rond et un peu gras, du très droit, c’est nickel. La combe d’Eve géniale, mix de minérale et de fruité acide : je suis client ! (Enfin je jour où je suis un poil plus riche …)


Benjamin Tallandier
: de ses propres mots, du Sud mais pas trop lourd, pas assommant. C’est le cas ! Simple mais efficace, pas la découverte du siècle, mais si je tombe dessus, je rechignerai pas.

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Gombaude Guillot : Du très bon vin, le 2003 est une merveille de matière, et un mec super sympa. Quoi d’autre ? Le fameux Pom’n’Roll … impossible de se prononcer, il avait pas assez pris l’air et après une vingtaine de vin, c’est trop pour mon petit palais débutant.

L’arbre à café : Quelle bonne idée de mettre le café au même rang que le vin dans une dégustation … sauf que le chef est pas là. Tu veux une info sur la torréfaction ? Sur la méthode de préparation ? «C’est du Colombie» … cool il sort qu’un seul lot là bas, torréfié par un seul mec. Du coup stand buvette sans intérêt. À revoir quand le chef sera là.

To be continued demain…

La suite de ce midi :

Gilles Azzonis : des choses surprenantes et dans le bon sens ! Notamment ce blanc aux belle notes oxydatives, trois rouges bien câlés, tous dans leur registre. Un mec qui essaye pas de faire de la typicité inutile.

Les sabots d’hélène : Quand j’entends «C’est tout nature, je décide pas de tout !» et que je vois carrignan de la frontière espagnole, je m’attends à du lourdingue. Hé ben ça va en fait sur . Et vigneron qui aime bien tchatcher et des étiquettes marrantes, je prends.

Foradori : Alors en plus d’être un paradis pour le ski de rando, les dolomites ont ces vins … pfiou du blanc super floral, un rouge très atypique un peu floral aussi, d’autres rouges plus denses. Et à chaque fois une vrai personnalité que j’ai un peu de mal à définir, mais que j’adore. Je prends carrément.
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Et voilà pour les «notes de dégustation» … mouais, version branleur quand même.

 

 

 

Le carreau du Temple, premier coup d’œil

Et voilà, c’est ouvert,  c’est reparti. Sur le papier c’est sympa, c’est dans l’air du temps, passé les subsistances et autre 104 on est plus trop étonné, mais ça attire quand même.

Les spectacles : Programmer Chloé Moglia le premier jour, en voilà une bonne idée. Opus Corpus est vraiment une pièce très abouti. À l’écoute de son corps, on explore en même temps qu’elle tous ses muscles, leur possiblités, leur maitrise. À ras le sol, on fini par se demander qui commande, les bras et les abdos ou le cerveau ? J’aime bien la direction que prend Chloé Moglia, le fait qu’elle creuse un aspect particulier plutôt que de tout réinventer à chaque fois. C’est ingrat, mais quand c’est réussi … Et puis il y avait aussi une perf tèrs ingénieuse de Jean-Baptiste André. Le procédé est bête comme chou quand on y pense, faire une perf’ filmée en tournant et retournant la caméra, et faire des équilibres et acrobaties avec les murs. On comprend vite qu’il est en coulisse, quelque part autours de nous, jusqu’à nous apparaitre. Génial jeu sur la gravité, sur le lieu aussi. L’apparente simplicité cacherait presque la performance physique.

Dans la grande salle quelques circassiens en spectacle plus libre. Sympathique mais pas franchement transcendant, distrayant mais pas franchement artistique …

La bouffe : parcequ’il ne faut pas déconner. Un bar qui fait des sandwich/tarte/salade mangeable. Un stand «L’or» pour le café. Le camion qui fume posé devant. Vous finirez bien par y manger, vous pairez trop -cher-pour-ce-que-c’est-mais-bon-ça-passe, vous l’oublierez si vite que vous l’avez mangé. Bref, vous ne viendrez pas là pour la bouffe.

Le lieu : je m’interdit de parler d’archi et d’urba sur ce blog … en tant que simple péquenaud en balade : la salle de spectacle est très belle, le bar est mal foutu on y circule mal, et puis la grande salle doit-être très polyvalente même si ça fait plus gymnase de collège que marché historique. Bonne idée les portes en verre tout le tour, comme ça il faut un vigile par porte, ça fait de l’emploi … ha merde j’ai parlé d’archi.

Bilan ? Il y aura de quoi faire, notamment sur la prog’ culturelle. Maintenant il faudra clairement faire du gros tri. Ce n’est pas un lieu à la programmation exigeante, il y a une vrai superficialité commerciale, façon culture moyen de gamme portée par une comm’ so 20-10’s… qui a dit à l’image du quartier ? Qui a dit le 104 version marais ?  Tututu, mauvaises langues.

Pas de quoi sauter au plafond donc et j’ai envie de garder mes distances avec ce lieu, mais il y aura de très belle choses j’en suis sûr, pourquoi s’en priver ?

Le Carreau du Temple, 4 rue Eugène Spuller 75003, Paris

 

 

Exceptionnel Wang Bing (Mes films de la semaine dernière…)

J’ai quasiment découvert Wang Bing d’un bloc en trois jours. Je n’ignorais pas tout, j’avais vu Fengminq. Mais je n’imaginais la portée de son travail, l’importance cruciale qu’il a pour le cinema et bien plus. Ce mec est tout simplement en train de bâtir un livre d’histoire d’un morceau de Chine que l’on ne connait que peu, ou mal. Par le documentaire, avec Les Trois sœurs du Yunnan (au cinéma en ce moment), par la fiction qui s’avère finalement être documentaire aussi, avec Brutality Factory et Le Fossé (lors d’une séance au centre pompidou).

Parler des camps de rééducation, de la vie rurale extrêmement rude dans le Yunnan, tout ça pourrait vite devenir grandiloquant, sombrer dans la leçon de morale historique. Mais Wang Bing ne tombe pas là dedans. Tout part part du détail chez lui. Son intervention après la projection était d’ailleurs caractéristique, il ramenait tout à des «anecdotes» (oui entre guillemet, parce qu’une anecdote dans un camps, c’est pas vraiment papa dans la bonne). La petite fille qui refait maladroitement son pansement, l’agonisant qui se retourne trois fois avant de pouvoir prononcer un mot etc. tout est filmé avec minutie. Tous les détails assemblés, les grandes structures apparaissent d’elles-même, nul besoin pour Wang Bing de faire des grands discours.

Le portrait de ces bouts de Chine qui en résulte est unique. Filmer les camps avec honnêteté, rien que ça, ça pose un cinéaste quand même. Sidérant, révoltant ? Ce n’est même pas le propos, on en décidera après. Et surtout son cinéma ne résume pas à ça. Il y a vraiment tout dans ses films, les chinois, leur politique aussi bien que leurs petites manie, l’histoire, la Chine géographique, avec ses désert notamment. Tout.

Il y a tellement de choses dans les trois films que j’ai vu la semaine dernière que toute analyse est un peu vaine (ou très largement hors de ma portée). Ce sont des mines d’informations sans fin.

P.S. : Sinon je suis allé voir Tom à la Ferme. Dolan est toujours aussi doué techniquement, toujours autant lui-même, mais il mûrit … doucement.

HCB : voilà c’est fait…

J’allais un peu besogneux à la rétrospective HCB, pas fondamentalement excité, mais bon je connaissais rien de rien… il fallait combler ce vide, non ?

Henri Cartier-Bresson, Hyères, France 1932

Tout s’est passé comme prévu dans cette expo, au demeurant très bien faite. D’abord agréablement surpris et amusé par quelques détails, par la poétique abstraite et surréaliste. Ensuite rapidement lassé par le formalisme, ces clichés surcomposés, cette technique ultra visible, cette obsessions des proportions, des drapés et de la pose. Tout ça m’a masqué l’accès au sujet finalement, ça prend de la place, visuelle et mentale et il en reste d’autant moins pour le sujet dans ma pauvre caboche. Pour au final sortir en me disant : «voilà, je connais HCB … »

Pourtant je ne pense pas que le travail d’HCB soit superficiel, je serais même bien incapable d’en juger. En fait c’est le même effet que pour Keith Harring. Le langage créé est devenu tellement courant qu’il ne m’étonne plus, mais surtout que je n’arrive plus à le séparer de ce qu’il est devenu : la photo de magazine bas de gamme, ces photographes amoureux de technique et d’esthétisme qui n’ont rien à raconter à part la bôôôôôté, la photo racoleuse qui se donne de grands airs avec des sujets «trop serious business» sur lesquels elle ne raconte rien. Ce langage j’ai appris à le décrypter, à m’en méfier.

Du coup le doute plane sur le travail d’HCB lui-même. Est-il obscène lorsque l’obsession des proportions et des lignes fait d’un sdf en train de dormir une belle composition abstraite ? Les grande lignes stricte du défilé russe sont-elle un bon moyen formel d’évoquer la grandiloquence ou juste une façon de mettre de beau sur un sujet important ? Je ne sais pas, je ne veux pas trancher, de toute façon l’œuvre et son héritage ne sont plus séparables.

Surtout la conclusion est la même dans tous les cas, l’œuvre est distante pour moi, me désintéresse très rapidement et à défaut de susciter un rejet violent, me donne envie d’aller voir ailleurs.

Photos : courtoisie de fondation Henri-Cartier Bresson

Combat de Dan Cong : Roger vs MiLan

Un post que j’avais fait sur l’excellent Forum des Amateurs de Thé. Tous les 15 jours on se lance un petit jeu de dégustation (autours d’un mot, d’un caractère etc.), pour apprendre, pour se sortir les doigts du cul et pour se marrer. Cette fois le but était de comparer deux thés. Voilà ma contribution :

Aujourd’hui j’ai bu de mes deux Phoenix oolong. Le premier n’a même pas le droit à son petit nom, FengHuang Dan Cong et puis c’est tout, nous l’appellerons donc Roger. L’autre est un Mi Lan, avec tout le pédigrée, le bulletin scolaire, notice d’utilisation et tout ça.

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D’un côté tout les rapproche. Le bouquet des feuilles sèches, les notes de torréfactions, «l’orchidée de miel». Les arômes dominants, mielleux et fleuris avec ces pointes de fruits exotiques. L’amertume fraiche et florale. En fait si j’avais dû faire une description analytique, je crois que les deux auraient pu avoir la même.

Bon certes en chipotant un peu Roger a la brindille qui dépasse et des marques de torréfactions pas très classes, alors que le Mi Lan a de belles grandes feuilles torsadées homogènes. Certes il y a des pointes d’acidité dans le Mi Lan, quelques petites notes supplémentaires dans les fleurs sauvages, des fruits un légèrement plus citronnés (?). Mais c’est du détail.

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Nan il y a un monde qui sépare ces deux là, qui est bien plus important que ça. Le Mi Lan en bouche il y a une vie incroyable, un chassé croisé de saveurs et d’arômes organisé comme un ballet, l’acidité qui te fait un porté triple pirouette avec le litchi, le tombé de rideau en tout en rondeur, les groupies qui lancent leurs culottes parfumée au magnolia, tout. Roger lui il livre le miel et les fruits en cageot, il te les pose là et tu te démerdes.

Alors lequel je préfère ? Le Mi Lan c’est évident ! Bah pas tant que ça. C’est sûr que le Mi Lan est excellent, mais c’est une starlette. Il lui faut toute l’attention, il lui faut l’eau minérale pil poil à la bonne température, il faut tout le set gong fu bien préparé. Alors que Roger lui température, dosage, il s’en fout, l’eau de la fontaine il fait avec, il livre à toute heure avec constance. Contrairement à son frère très coquet, il survit très bien dans ce genre d’environnement hostile :

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Et puis il a un avantage et pas des moindres, c’est lui qui m’a fait me dire que je mourrais bête si je goutais pas sérieusement d’autres Phoenix, c’est lui qui fait que j’ai passé des heures sur Hojo et Tea Habitat à parfaire une commande*. Un thé qui donne envie d’en boire d’autres comme lui, c’est déjà pas mal non ?

*Pour de tout façon finir toujours pareil : salut j’y connais rien, je veux dépenser xxx €, tu connais mieux tes thés que moi, fais-moi une sélection steu’plé.

On peut trouver «Roger» chez ThéCalin et le Mi Lan chez Endora, juste à côté de l’Hôtel de Ville, à Paris.

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